Historique

Originaire de la Paroisse St-Évariste dans la belle région de la Beauce. Yvonne et Norbert sont les parents d’une famille nombreuse et respectée.

Au nombre des onze enfants de cette famille remarquable, le sixième, Roger contracta la méningite à l’âge de sept mois. À cette époque la science médicale ne possédait que de très faibles moyens pour soigner et guérir cette maladie. Grâce aux soins constants d’une mère chrétienne et dévouée et avec l’aide de tous les membres de la famille, l’enfant réussit à traverser cette étape difficile et à l’âge d’un an, Roger réussit à faire ses premiers pas comme tout enfant normal. Les jours, les semaines, les mois s’écouleront et à seize mois la méningite frappe de nouveau cet enfant frêle et chéri.

Désemparés, ses parents n’avaient d’autre alternative que de lui prodiguer les meilleurs soins possibles dans les circonstances, soit le veiller, l’entourer, lui donner beaucoup d’amour et s’en remettre à la volonté de Dieu, sans jamais désespérer. Durant plusieurs jours, le petit Roger ne montrait que de très faibles signes vitaux, les yeux clos, ne pouvant absorber aucune nourriture sauf quelques gouttes d’eau à la fois. La vie de l’enfant se retirait petit à petit de ce corps minuscule et fragile.

Les voisins de la famille éprouvée ne pouvant demeurer insensibles à la maladie cruelle qui frappait l’enfant, apportaient avec leur sympathie, beaucoup d’aide et de réconfort aux parents qui opéraient à ce moment le magasin général St-Évariste de Beauce.

Avec des prières et des bons soins et aussi après deux longues semaines d’inquiétude et d’angoisse, l’enfant ouvre enfin les yeux et commence à revire. Les prières étaient exaucées mais la maladie avait tout de même laissé des traces. Roger demeurera un être délicat et diminué intellectuellement. Mais grâce à Dieu, il vivait et dans toute sa belle naïveté, il faisait la joie et le bonheur des siens.

À son arrivé à Granby en 1946, vint le moment de fréquenter l’école. Ce fut assez difficile, car à cette époque le système d’éducation n’était pas préparé à recevoir des jeunes présentant une déficience intellectuelle. Il entreprit tout de même sa première année à l’école de la paroisse, mais ne pouvant suivre le rythme normal de ses camarades de classe, c’est à la maison que le petit Roger fit l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Après beaucoup d’effort de concentration, il arriva enfin à pouvoir compter et à écrire son nom, c’était une victoire.

Plus tard ayant grandi, on le laissa collaborer au commerce de son père. Roger adorait ce dernier et aimait passer ses journées entières à ses côtés, à rendre de petit service. C’était pour lui une motivation et un plaisir parce qu’il aimait rencontrer des gens. Les clients du magasin l’ont toujours bien acceptés et respectés. Monsieur Talbot n’aurait jamais admis que l’on ridiculise son fils parce qu’il était différent.

Il aimait aussi assister sa mère dans l’accomplissement de ses tâches ménagères, il se rendait utile pour faire les commissions de sa famille et parfois celles de ses voisins, ses journées étaient toujours bien remplies.

Lorsque son père pris la décision de vendre le commerce familial, ce fut un choc terrible pour Roger qui sombra dans une profonde dépression nerveuse, il avait alors 26 ans. Sur recommandation de son médecin, il a dû être hospitalisé une première fois toute une année. Au bout de ce temps, il est rentré à la maison, mais à peine un an plus tard la dépression se manifesta à nouveau et Roger fut hospitalisé à l’hôpital St-Jean-de-Dieu, puis à Louis-Hyppolyte Lafontaine pour une période d’environ huit mois.

Après ces huit mois, il revint de nouveau au domicile de ses parents. Son père n’ayant plus à opérer son commerce, s’était fait engager comme concierge dans une école et Roger pouvait y travailler. Il y demeura plusieurs années jusqu’au jour où monsieur Talbot décida de prendre sa retraite. Roger passa donc son temps avec les siens, à la demeure familiale en se rendant utile pour eux et aussi aux gens du voisinage qui l’appréciait beaucoup.

Les années passaient et à l’âge de 69 ans, soit quatre ans après s’être retiré du monde du travail, la maladie terrassa monsieur Talbot. Roger n’avait plus son fidèle ami qui savait si bien le guider, l’encourager, le motiver et lui garder son moral. Malgré les soins et les attentions de sa courageuse même et de ses frères et sœurs, Roger s’ennuyait. Il se replia sur lui-même et tomba malade. Ses malaises au niveau de l’œsophage étaient tenaces et progressaient rapidement, il fallut l’hospitaliser. Trois semaines plus tard, les médecins diagnostiquèrent un cancer.

Toute la famille souhaitait le voir à la maison paternelle pour qu’il puisse y terminer ses jours entouré de tous les siens. Le 22 juin 1976, après avoir enduré pendant plusieurs semaines les douleurs de cette terrible maladie, Roger s’éteignit au milieu des membres de sa famille, après avoir prononcé cette dernière supplique: «Maman».

L’image de Roger demeura indélébile dans le cœur des membres de la famille Talbot et son exemple est un encouragement pour tous ceux et celles qui l’ont connu et aimé.

Mario, le cadet de la famille, qui avait aimé et assisté son frère surtout dans les dernières années de son existence, est demeuré très sensible à la condition sociale des personnes ayant une déficience intellectuelle. C’est ainsi qu’à la mort de Roger, il fit serment de se dévouer à la cause de tous ceux et celles qui ont à vivre avec un tel handicap.

Enseignant professionnel auprès d’une clientèle d’adolescents en troubles graves d’apprentissage, il était pédagogiquement préparé à entreprendre une nouvelle carrière qui comportait tout de même certains risques. Avec l’approbation et l’aide inconditionnelle de son épouse Micheline Gagné, c’est à deux qu’ils s’engagèrent dans cette voie.

Les débuts ne furent pas faciles mais les résultats ne se firent pas attendre trop longtemps et le 24 janvier 1984 une chartre canadienne confirmait la création de cet organisme.  Peu de temps après, fidèle à sa promesse et voyant grandir à vue d’œil. La Fondation, Mario Talbot abandonnait sa carrière de professeur à la commission scolaire Régionale Meilleur pour se consacrer entièrement à son œuvre.

Avec l’aide indispensable et le dévouement inlassable de son épouse Micheline, la maison ‘’La Rose Bleue’’ vit le jour, maison qui a accueillit plus d’une douzaine de bénéficiaires en résidence permanente tout au long de ces années, milieu où ils  vivaient et grandissaient socialement dans une atmosphère familiale et paisible et ce, avec l’aide appréciée de personnes bénévoles.

On peut dire que la Fondation Roger Talbot Inc. est née de ce serment !

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